Florent Couao-Zotti : « Les fictions sont le lieu de toutes les représentations possibles et inimaginables »

Article : Florent Couao-Zotti : « Les fictions sont le lieu de toutes les représentations possibles et inimaginables »
Crédit: Institut français du Togo
14 février 2021

Florent Couao-Zotti : « Les fictions sont le lieu de toutes les représentations possibles et inimaginables »

Western tchoukoutou, le roman de l’écrivain béninois Florent Couao-Zotti, a fait l’objet d’un café littéraire le 13 février dernier à l’Institut français du Togo. Paru chez Gallimard en mars 2018, ce roman est défini comme un nouveau genre de western, « à la sauce africaine et béninoise », pour reprendre l’auteur lui-même. A l’issue de la rencontre, il a bien voulu nous accorder une interview. Il nous a confié à l’occasion le pourquoi du comment de ce roman, qui lui a valu le Prix Roland de Jouvenel de l’Académie française en 2019. Il n’a pas non plus manqué de faire un état des lieux de la scène littéraire béninoise. Lecture.

Bonjour, Monsieur Florent Couao-Zotti. Présentez-vous, s’il vous plaît.

Je suis écrivain, auteur de romans et de nouvelles publiés en France chez Gallimard. Je suis venu aujourd’hui à Lomé pour parler d’un de mes romans, Western tchoukoutou.

Pourquoi ce titre ?

Western tchoukoutou, parce que je voulais faire un western à la sauce africaine et béninoise. Il faut à chaque fois particulariser le type de western dont on veut parler. J’ai identifié un espace dans le Nord du Bénin (Natitingou, NDLR), qui ressemble un peu au décor du Far West. Et puisque la spécialité du coin, c’est-à-dire Natitingou, c’est Tchoukoutchou, la boisson locale, eh bien j’ai mis les deux en forme, ce qui donne Western tchoukoutou.

Dans cette œuvre, vous faites un zoom sur trois personnages : un bouvier, un inspecteur de police et un homme d’affaires. Ce choix est-il le fruit du hasard ou prémédité ?

Je voulais un peu les assimiler aux représentations familiales de western, c’est-à-dire faire en sorte que les personnages récurrents du western se retrouvent au même niveau qu’eux dans mon texte. Donc la première chose à faire, c’est de camper la figure de personnages de Cow-boy.

Vous savez, le cow-boy, c’est le personnage principal du Far West. Donc j’ai trouvé une correspondance dans notre pays, dans nos pays. Dans la tradition western, c’est le cow-boy qui garde les bœufs. Chez nous, dans nos pays, c’est le peuhl qui garde les bœufs. Et le peuhl, il a une façon particulière de garder les bœufs, avec son chapeau à la forme pyramidale et avec son bâton qu’il tient sur les épaules.

Le deuxième personnage, c’est le policier. On ne peut pas parler de western sans shérif. Et ce personnage-là porte le nom musulman de Chérif. C’est un inspecteur de police, et le voilà dans son rôle.

Le troisième personnage, on ne peut pas parler de Far West, on ne peut pas parler d’aventures sans parler de celui qui donne un caractère aventurier au western. C’est bien évidemment le bandit, le voyou. Dans mon texte, il s’appelle Ernest Vitou, qui a créé justement un espace, un tripot, une boîte, où viennent s’encanailler les gens de la ville. Il s’agit du « Saloon du Desperado ». Vous savez que là-bas, dans le Far West, quand on parle bar, on fait référence au saloon. Lui, il a donné le nom de « Saloon du Desperado » à sa boîte, et il est également appelé Desperado. Voilà donc les trois personnages que j’ai colorés à ma façon et qui sont dans le texte publié.

Ces trois personnages, justement, vont durant le réci faire l’objet d’une chasse à l’homme, de la part d’un fantôme, Kalamity Djane. Quelle est la place de nos traditions dans l’œuvre ? Un fantôme, ça ne court pas forcément les rues quand il s’agit d’un Far West.

Nous sommes dans une fiction littéraire, et vous savez que les fictions littéraires, ou les fictions de façon générale, que ce soit cinématographique, sont le lieu de toutes les représentations possibles et inimaginables de la part du romancier, de la part du créateur. Donc pour moi, un fantôme peut parfaitement participer à la vie citoyenne comme tout le monde. J’ai fait de ce personnage-là quelqu’un qui avait été tué dans un autre monde et qui revient se venger des blessures que l’on a commises à son endroit.

C’est dans notre tradition de penser qu’un mort, parce qu’il est mort d’une mort effroyable, eh bien, il ne peut jamais laisser les vivants, en tout cas tous ceux qui ont contribué à sa mort, indemnes, donc il va venir se venger. Nous sommes dans l’ordre d’une tradition, dans les mentalités, dans la posture, dans notre imaginaire.

Un mot sur la littérature béninoise ?

La littérature béninoise aujourd’hui est faite d’un héritage, de succession de grands auteurs, de grands textes qui ont été publiés. Je pense qu’aujourd’hui, les jeunes qui ne sont pas de ma génération, parce que moi j’appartiens à une génération en voie descendante, j’ai la cinquantaine… Tous ceux qui viennent après moi, tels que Daté Atavito, Habib Dakpogan, sont des gens qui sont d’une posture littéraire assez remarquable, qui vont assurer la relève. Il y en a de beaucoup plus jeunes, comme Giovanni Houansou, Jérôme Tossavi ou même Jean-Paul Tooh Tooh, qui sont là pour représenter justement la nouvelle génération émergente de la scène littéraire béninoise.

Un jeune qui aimerait écrire comme vous, pour avoir un style impeccable, quels conseils lui donneriez-vous ?

Je lui donnerais le conseil de lire. Le premier conseil, il faut lire, le deuxième conseil il faut lire, le troisième conseil il faut lire.

Propos recueillis par #Kossivirtus

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Commentaires

Lucrèce H
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C'est un travail impeccable que tu as produit là. Force à toi très cher

Kossivirtus
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Merci bien chère amie :D