Au Togo, les cours via la radio et la télévision n’auront pas lieu

Article : Au Togo, les cours via la radio et la télévision  n’auront pas lieu
31 mai 2020

Au Togo, les cours via la radio et la télévision n’auront pas lieu

Des élèves sur le chemin de l'école
crédit photo:togobreakingnews.info
Avec l’autorisation du confrère Louis Kamako

Alors que le nombre de cas de la maladie à coronavirus 2019 (Covid-19) ne cesse de s’accroître en terre togolaise (442 cas confirmés, 211 guérisons, 13 décès en début de semaine), les autorités n’ont pas fait mystère de leur volonté de rouvrir les écoles. Suspendus depuis le 20 mars,  les cours vont donc reprendre progressivement à partir du 8 juin prochain. A commencer par les élèves des classes d’examen, à savoir le CM2, le 3ème, 1ère et le Terminale. Le moins que l’on puisse dire est que cette reprise sonne comme un paradoxe, quand on sait que dans un premier temps, Affoh Atcha-Dédji, le ministre des Enseignements primaire et secondaire, a envisagé l’enseignement à distance via la radio, la télévision et internet comme solution de rechange. Le but étant de ne pas faire décrocher les écoliers sur qui planait la menace d’une année blanche. Aujourd’hui, cette idée n’est plus qu’un lointain souvenir. Cherchez l’erreur.

Pour le gouvernement, une année blanche par temps de coronavirus au Togo, c’est non. Il tenait sa formule magique dès avril : l’enseignement via la radio, la télévision et internet. Mais bien que cette formule n’eût alors pas emporté l’adhésion de beaucoup de parents d’élèves, cette nouveauté avait de quoi titiller la curiosité de chacun. Chacun attendait de voir à quoi il ressemblerait et si elle ferait florès. Car jamais éducation via la radio et la télévision n’a été expérimentée au pays situé entre le Bénin et le Ghana.

Mais avec le temps, force est de constater qu’il n’en a rien été. Et presque deux mois après cette annonce, les choses ont tant et si bien piétiné, que le même M. Affoh Atcha-Dédji a dû revoir sa copie éducative. Preuve, s’il en fallait, que la méthode était non seulement inappropriée, mais encore manquait de réalisme. Pour beaucoup de citoyens, l’idée de mettre à contribution la radio et la télévision pour tout enseignement n’avait pas sa raison d’être.

Télé, radio : même combat

Des voix s’étaient élevées pour mettre en garde contre l’inégalité des chances qui pénaliserait les habitants vivant en campagne par rapport aux citadins. L’enseigne à laquelle les diverses localités situées à l’intérieur du pays sont logées, n’augure en effet rien de bon. Et à y examiner de plus près, on a tôt fait de donner raison à ces voix-là. Au Togo, les foyers disposant chacun d’un poste téléviseur ne sont pas légion. Pour la capitale, passe ; même si dans leur globalité, il y existe des habitants pour qui cet outil d’information et de divertissement n’est pas une priorité. Le gros souci se situe à l’intérieur du pays, où Dieu sait combien de foyers ont par-devers eux cette fameuse télévision. Cet appareil représente pour plus d’un habitant situé dans des hameaux reculés un luxe. Un Graal pour ainsi dire. Ce qui est déjà un vice rédhibitoire pour ces élèves. Ce ne sera pas à ce moment qu’il faudra en chercher.

Ce retard à l’allumage était pour le moins prévisible. Mais à défaut d’un poste téléviseur, on pouvait toujours se rabattre sur le transistor. Sauf que là encore, rien n’est moins sûr. Les apprenants situés au nord pouvaient-ils capter les mêmes émissions que leurs condisciples du sud ? Pour que les cours se fassent sans obstacle aucun, il faut avoir mis en place bien des dispositifs technologiques. Les ondes électromagnétiques, la modulation à bande latérale unique sont autant de caractéristiques d’une bonne réception radiophonique devant pallier le réseau bien défaillant sur le territoire. En un mot, des conditions assez optimales pour une bonne captation. Voilà l’autre ombre au tableau. Il suffit de sortir du grand Lomé pour juger de la fébrilité du réseau.

Branle-bas de combat

Acculées et comme prises dans leur propre piège, voilà que les autorités changent de fusil d’épaule. La réouverture pure et simple des écoles aura été la décision finale. A la décharge des dirigeants, les étudiants des deux universités du Togo (Lomé et Kara) continuent de suivre les cours en ligne. Encore faudrait-il disposer d’une bonne connexion qui fait bien des fois sa diva dans le pays.

Maintenant que la date est fixée au 8 juin, on sent comme un branle-bas de combat à une poignée de jours de cette « rentrée dans la rentrée ». Le retour des élèves en classe ne se fera pas au petit bonheur, loin de là. Des dispositions seront prises pour le respect des mesures barrières. Les établissements seront dotés de dispositifs de lavage des mains ainsi que des masques réutilisables pour les élèves. Il n’empêche que le gouvernement aura montré ses limites quant à poursuite des cours au moyen des canaux susmentionnés. Cela a apporté de l’eau au moulin du commun des Togolais, pour qui cette volte-face est tout sauf une surprise.

Kossivirtus

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