Despote, Pierre Nkurunziza ? Oui, mais…

Article : Despote, Pierre Nkurunziza ? Oui, mais…
11 juin 2020

Despote, Pierre Nkurunziza ? Oui, mais…

Le chef de l’État burundais Pierre Nkurunziza est officiellement décédé d’un arrêt cardiaque, lundi 8 juin, à l’hôpital du Cinquantenaire de Karusi. L’homme aura dirigé le Burundi durant quinze années. Et s’il traîne avec soi une réputation de dirigeant despotique jusqu’à sa mort, il convient après tout de saluer sa décision de ne point s’offrir un quatrième mandat. Ce geste sien a d’autant plus été louable, qu’il contraste avec la boulimie du pouvoir dont il a lui-même fait montre jusque-là ; boulimie par laquelle brillent nombre de nos dirigeants africains. Ces derniers, d’aussi loin que je me souvienne, ont toujours eu maille à partir avec la démocratie et le respect de leurs constitutions. Souvent au péril et de leur vie et de celle de leurs populations.

Pierre Nkurunziza est passé de vie à trépas. On ne reviendra pas sur son attitude de matamore face à un mal qui sévit aussi bien ailleurs que dans son pays, et qu’on appelle coronavirus. Un mal dont il a pourtant nié l’existence, lui qui avait assuré que c’était Dieu lui-même qui avait purifié l’air du Burundi, le protégeant de la pandémie.

Ne revenons pas non plus sur le pouvoir qui doit, sauf miracle, revenir à son successeur, le général Évariste Ndayishimiye, élu le 24 mai dernier. Ce qui me préoccupe est ailleurs.

Années de plomb

Sans trop s’y attarder, on reviendra un tantinet sur ses quinze années que certains qualifieront de plomb. D’acier, c’est selon. Le constat est sans appel, le nier serait manquer de respect aux victimes de son régime marqué par des violations graves des droits humains et de crimes extrêmement graves.

Des opposants et autres acteurs de la société civile, sans pour cela salir la mémoire du défunt, regrettent tout de même qu’il soit parti sans être jugé. Pacifique Nininahazwe, le président du Forum pour la conscience et le développement (Focode), et l’un des nombreux leaders de la société civile à avoir été contraint à l’exil pour s’être opposé en 2015 au troisième mandat de Pierre Nkurunziza, dit garder « l’image d’un Président qui a fait reculer le Burundi sur tous les plans, que ce soit sur le plan des droits humains d’abord, ensuite sur les questions de réconciliations. Il part alors que plusieurs centaines de milliers de Burundais sont en exil. C’est un président qui a détruit l’économie du Burundi, qui a cassé les espoirs des Burundais ».

Goutte de bienfait dans un océan de violations ?

Ce qui m’intéresse, moi, c’est l’acte posé par l’homme avant son départ. Avant sa mort. Cet acte aux airs de goutte de bienfait dans l’océan de crimes qu’on lui impute, est tout à son honneur. Et m’est avis que, aussi longtemps qu’on se souviendra de lui comme d’un dictateur pur jus et tout ce qu’on voudra, l’histoire aura tôt fait de nous rappeler, bien malgré nous, qu’il s’est amendé au soir de son règne.

Le seul fait d’avoir renoncé à un quatrième mandat fait, à mon avis, de Pierre Nkurunziza un homme qui est parti par la grande porte. N’en déplaise à ceux qui me diront que vivant qu’il serait devenu « guide suprême du patriotisme ». Il a fini sur une bonne note, tout est là. Les dictateurs du continent noir feront mieux d’en prendre de la graine.

Kossivirtus

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